Les fondements anthropologiques

De la même façon que les récitatifs puisent leurs raisons d’être dans la Bible, ils trouvent leur fondement dans une véritable anthropologie.

Tout au long de notre livre Quand la parole prend corps, il a été rappelé que transmettre oralement et gestuellement la Parole de Dieu n’était pas quelque chose de superficiel, d’extérieur à l’humain. Il n’est pas anodin en effet de faire participer le corps à la réception de la Parole de Dieu et à sa mise en geste. Car si le corps est touché, c’est l’être humain tout entier qui est touché. Si les récitatifs conservent leur force et leur pertinence à travers le temps, c’est parce qu’ils sont fondés sur des dynamismes humains que les travaux de Marcel Jousse ont mis en lumière. Toute sa vie, cet homme de sciences a été hanté par ces questions : « Qu’est-ce que la parole humaine ? Qu’est-ce que le geste humain ? » Cherchant à y répondre, il a été amené à définir des lois anthropologiques fondamentales.

Photo de Marcel Jousse

Marcel Jousse est né en 1886, à Beaumont-sur-Sarthe, dans un milieu très modeste. Sa mère, qui ne savait pas lire, lui récitait, en le berçant, des traditions orales et des passages de la Bible ; cette expérience va le marquer. Ordonné prêtre en 1912, il entre chez les Jésuites en 1913. Envoyé comme instructeur par l’armée aux États-Unis, il séjourne parmi les Indiens dont il étudie la communication gestuelle. De retour à Paris, il poursuit ses études en anthropologie et travaille sur le geste et la parole. En 1924, il publie une thèse sur le style oral. De 1932 à 1956, il enseigne à l’École d’anthropologie, puis à l’École pratique des Hautes études, à la Sorbonne, et dirige le laboratoire de rythmo-pédagogie de Paris. Pour avancer dans sa compréhension de l’être humain et la façon dont celui-ci reçoit le monde, l’intériorise et le réexprime, il croise de nombreuses disciplines durant toutes ses années de recherches. Aujourd’hui encore, ses travaux concernent toute une partie des sciences humaines : psychologie, pédagogie, sciences cognitives… Ce n’est qu’après sa mort, en 1961, que ses travaux seront publiés par sa collaboratrice Gabrielle Baron.

L’oeuvre de Jousse est immense et touche toutes les disciplines des sciences humaines. Ce chapitre établit de façon simple les liens existant entre la recherche de Marcel Jousse et les récitatifs, en s’appuyant sur ce qui constitue le coeur de sa pensée, à savoir la loi du mimisme humain. Cette loi rend compte de la manière dont l’être humain se situe dans et face au monde. Nous verrons comment elle fonctionne et comment elle est liée à deux autres mécanismes humains, le bilatéralisme et le formulisme.